Nous ne sommes pas nos défauts

PhilippeJ’ai poussé la porte du centre Bouddhiste Kadampa Vajrasattva un jour parce que je voulais découvrir la méditation.
Ce sujet assez vague évoquait en moi des mots comme profondeur, sagesse, bien être. En entrant ce jour-là, j’ai découvert bien plus.
Depuis longtemps, j’étais en quête de bonheur sans pouvoir cependant définir ce que c’était et j’étais persuadé qu’il se trouvait dans ce que j’appelle les idéaux de perfection. J’avais en tête des images représentant le couple parfait, la famille parfaite, un travail parfait, une santé parfaite. On parle souvent d’image parfaite du bonheur comme s’il n’existait qu’en rêve. J’ai tout de même appris au fil des ans que la perfection n’existe pas, mais cela ne m’empêchait pas de l’espérer au fond de moi. Finalement je m’étais forgé l’idée que le bonheur n’existait pas et qu’il fallait se contenter de quelques moments de joie par ci par là.
Ainsi me voilà sur une chaise dans une salle de méditation, les pieds déchaussés (on se sent un peu comme chez soi). Je ressens alors un bien être, comme si cet endroit m’attendait, les gens ont l’air bienveillant, plutôt détendus, les diverses statues qui prônent sur l’autel sont belles et celle de bouddha me touche vraiment comme seule une œuvre d’art peut le faire. Emma entre, tout le monde se lève, un grand respect se fait dans la simplicité. Un grand sourire, un bonjour et l’enseignement démarre.
Dès les premiers mots, je me sens concerné par ce que j’entends. Il y est question de perturbations mentales, de colère, d’attachement. Ces paroles résonnent fortement en moi. Non seulement est décrit ce qui m’empêche d’être heureux mais sont proposées également des solutions. C’est comme mettre un mot sur une maladie et trouver le médicament adéquat.
Le mot colère, par exemple, m’apparut alors comme une maladie et non plus comme un simple défaut occasionnel. En y regardant de près je compris que la colère avait rempli et pollué mon existence et que mon ciel ne pourrait jamais être bleu si je ne m’en défaisais pas. Le mot jalousie faisait lui aussi écho en moi. J’avais sous-estimé son pouvoir insidieux.
Je découvrais le bonheur sous un autre jour, ce n’était plus un idéal mais un objectif. Le mot gratitude obtenait en moi un G majuscule. Les mots sagesse, bienveillance, prenaient corps en moi, en mon cœur alors qu’avant ils ne dépassaient pas la porte de mon intellect. Et puis la séance se termine par une méditation et ce que j’apprécie particulièrement par une dédicace des bienfaits obtenus pendant l’enseignement, c’est l’envie de donner un peu ce que l’on a reçu. Enfin une collation est proposée et gentiment, me voyant sans doute un peu seul, quelqu’un m’invite à boire un thé et à discuter.
Ici même semaines après semaines j’apprendrais à repérer dans ma vie certaines perturbations mentales et surtout une manière de les contrer : à la jalousie, opposer la réjouissance, contrer la colère par diminuer le souci de soi, la frustration par la reconnaissance envers les autres… Mais tout cela est fort utile (qui en effet ne désire pas être heureux) mais comment concevoir son bonheur sans celui des autres ? Là aussi j’ai appris et surtout compris que si l’on veut améliorer l’existence de quelqu’un il est nécessaire de se sentir bien, avec l’envie de partager ce bien être. Cela s’inscrit dans un cercle vertueux : apporter à l’autre de la compassion rend soi-même heureux !
Aujourd’hui je me sens changé. Diverses perturbations m’envahissent régulièrement mais je ne me sens plus pollué par elles. Elles sont devenues des ennemis identifiés qu’il est plus facile de combattre. Le chemin est sans doute long, qui demande des efforts, mais les petits progrès que j’ai fait grâce aux enseignements, à la sangha et à la méditation m’ont déjà apporté beaucoup.
Ma vie a peut-être enfin un sens !
Merci
Philippe