Les vertus insoupçonnées du covoiturage

Prendre la route, au sens littéral, amène parfois un peu plus loin que prévu. Lorsque j’ai rencontré, à l’occasion d’un covoiturage fin 2016, un pratiquant du centre Kadampa de Montpellier, je ne me doutais pas que cette balade allait m’amener bien autre part qu’en Bretagne.

Effectivement et bien que je sois, en raison d’expériences passées, plutôt rétif aux églises, aux écoles, aux groupes etc… et à leurs logiques, que j’assimile vite, à tort ou à raison, à de l’embrigadement, la proposition de l’accompagner début 2017 à une soirée d’enseignement bouddhiste allait changer, non pas ma vie, mais la perception que je portais sur ma vie. J’acceptais d’aller à cette rencontre car, malgré un bon karma, j’avais connu ces derniers mois quelques revers, qui n’étaient pas en soi dramatiques, mais qui m’avaient plongé finalement dans un état un peu déprimé (fatigue persistante, ruminations mentales, incompréhensions, sentiment d’injustice…). Cette invitation à prendre du recul ne pouvait me faire que du bien, pensais-je. J’étais loin de m’imaginer à quel point ce moment allait transformer mon regard.

Le but des enseignements est à la fois simple et immense : mettre définitivement fin à la souffrance en abandonnant une (souvent trop envahissante) préoccupation de soi pour devenir de plus en plus heureux et vivre de plus en plus en harmonie avec les autres.

Malgré le côté plus qu’ambitieux de cet objectif, qui peut sembler inatteignable, rien de ce que j’entends dans ce centre n’est cependant magique, mystique ou ésotérique. Au contraire, depuis le début et malgré le fait que j’apprenne beaucoup, j’ai l’impression d’être en terrain familier, d’actualiser des connaissances que j’ai toujours plus ou moins eues intuitivement mais que j’avais besoin à ce moment de ma vie d’entendre à nouveau, formulées de façon structurée, vivante, concrète et plus important, opérationnelle.

Je me souviens particulièrement de ce jour où Emma nous a dit qu’à peu près tout ce qu’un être humain savait, connaissait et était capable d’accomplir, il en avait reçu l’enseignement ou se l’était enseigné lui-même, généralement au prix d’un effort. C’est vrai que la société occidentale moderne prend grand soin de développer notre cerveau et ses capacités intellectuelles mais beaucoup plus rares sont les lieux où on nous aide à comprendre le fonctionnement de notre esprit, alors qu’on en a tous un également. Ce constat a été pour moi d’une vérité renversante. Depuis, je ne cesse d’apprendre et ces enseignements sont d’une efficacité inattendue dans ma vie quotidienne. J’avance plus léger et serein, en essayant désormais d’arrêter de chercher des causes extérieures à mon bonheur, de me sentir soumis aux circonstances de la vie, au bon vouloir ou à la météo des autres. Mais attention, même si évidemment tout part de soi, le chemin ne s’y arrête pas. Il ne s’agit nullement d’une pratique égoïste ou autocentrée. Au contraire, le but ultime, via cet entraînement de l’esprit, est la paix intérieure permettant d’être au mieux avec les autres, tous les autres…

Loin de tout dogmatisme ou d’un (passez-moi l’expression) « foutage de gueule spiritualiste », chaque enseignement est pensé en articulation avec les autres, consciencieusement travaillé et dispensé de façon simple et chaleureuse, permettant à tout le monde de se l’approprier dans la durée. Je trouve, avec le recul, que j’ai beaucoup de chance d’avoir rencontré ce centre et toutes les personnes qui y travaillent et contribuent à son bon fonctionnement. Je les remercie ici car elles font que j’ai plaisir à venir chaque mardi soir dans ce singulier réseau de bonté.